Qui demeurait  au 12 rue de Tournon jusqu’en 1819 ?

Entre la date de construction (1777) et le début de la Révolution, on possède encore peu d’éléments sur les locataires de l’immeuble que Michel Neveu architecte entrepreneur occupait avec sa famille, en logeant très probablement dans le grand appartement accessible par le perron de la cour donnant aussi sur le jardin. On sait néanmoins que le 6 janvier 1785, Marie Geneviève Rousseau agissant en vertu d’une procuration de son mari Michel Neveu a conclu un contrat de bail avec Marie Anne Françoise Mouchard,  veuve du Comte de Beauharnais, demeurant au couvent de la Visitation rue du Bacq. 

L’appartement donné en location qui est probablement celui qui se situe au-dessus de celui dont il vient d’être question est décrit dans le contrat de bail comme suit   « Un appartement au 1er étage entre cour à main gauche en entrant dans une grande maison, consistant en une grande antichambre éclairée d’une grande croisée sur la cour, un cabinet de toilette éclairé d’une croisée aussi sur la cour, un petit escalier pour monter à l’entresol pratiqué au-dessus du cabinet de toilette, un grand salon en face de la porte de l’antichambre éclairé de deux croisées donnant sur le jardin, une chambre à cheminée à côté du salon éclairée d’une grande croisée donnant sur un passage, une cuisine à l’entresol à droite en montant l’escalier, éclairée d’une grande croisée,  donnant sur la cour, chambre à cheminée au quatrième au fond d’un corridor éclairée d’une croisée sur le jardin, deux grandes chambres au cinquième de deux lits  chacune à côté l’une de l’autre et du petit garde meuble, deux caves au-dessus du passage, le droit d’entrée de la grande cour pour les voitures qui viendraient chez Madame « Preneuse » , le droit de passage par la porte donnant sur la rue Garancière. Le bail est consenti pour 1 .450 livres pour une durée de 6 ou 9 ans. Le premier paiement interviendra en octobre 1785, le second le 1er janvier 1786 ».

Pour s’y bien loger la Comtesse avait fait exécuter des travaux de peinture par  Lecomte qui lui avait peint son salon en gris alors qu’elle l’aurait voulu blanc. Contestant la qualité des travaux, elle a assigné l’entrepreneur en référé. Le 20 septembre 1785, Pierre Taboureau expert est venu faire l’état des lieux.

Même avait porté déjà avant la révolution le n° 12, il s ’était vu attribuer  pour la période comprise entre 1790 et 1805 (décret du 15 pluviôse an XIII),  le numéro  1126 dans la rue de Tournon. Il était compris dans la section du Luxembourg, l’une des plus révolutionnaires de la capitale. Le dernier  chiffre 6 paraît correspondre au sixième district de Paris qui en comportait 48. En l’an III ( 1795) deux membres de la section Mucius Scaevola habitaient cette rue : Jourdain ( Philippe- Nicolas), rentier au n° 1163, Jallot, marchand de vin au n° 1180. En l’an XII ( 1804) Jean- Baptiste Say habitait au n° 1125. Jusqu’en 1860, la rue de Tournon fera partie du 11ème arrondissement de Paris qui n’en comptait alors que 12. Le siège de la mairie de cet arrondissement qui comprenait le Luxembourg ( 41èmequartier, l’Ecole de Médecine ( 42ème quartier), la Sorbonne ( 43ème quartier) et le Palais de Justice ( 44ème quartier)  se trouvait  10 rue Garancière.

Description de l’immeuble pour les besoins de la procédure d’adjudication de 1819, effectuée par Me Cottenet notaire à Paris, rue Saint Honoré n° 340.

Cet hôtel [ dénommé dans les actes «  Hôtel de Tournon »] se trouve faire partie des biens qui se sont trouver dépendre de la succession du défunt sieur Jean Baptiste Lesage père et appartient, savoir :

- 1°A ma dite Dame Cellot,

- 2°Au dit sieur Jean – Baptiste Lesage,

- 3°A ma dite dame Leveque [ Pothin  -Leveque],

- 4°Augustin, Alphonse Lesage,

- 5°Jean – Baptiste, Edouard Lesage,

- 6°Marie Zoé Lesage

- 7° Marie Léonide Lesage.

Cet hôtel a sa principale entrée sur la rue de Tournon, par une grande porte et se compose :

Premièrement, d’un principal corps de logis double en profondeur, ayant face sur la rue de Tournon et élevé sur caves, d’un rez- de- chaussée, d’un étage en entresol et de trois étages supérieurs carrés et surmontés d’un comble à deux égouts et lambrissés.

Deuxièmement, de deux bâtiments en aile, ayant face sur la principale cour et en retour d’équerre sur le précédent, l’un à droite, l’autre à gauche, en entrant dans la cour, de même élévation que le corps de logis sur la rue, terminé par un comble en appentis et lambrissé

Troisièmement, d’un corps de logis au fond de la cour, et entre cour et jardin, ce corps de logis élevé sur un soubassement formant souterrain, d’un rez de chaussée surmonté de trois  étages carrés, terminé par un comble à deux égouts.

Quatrièmement, d’un jardin à la suite de ce corps de logis, d’un bâtiment dit le « Commun », ensuite du jardin et pour le service des courriers, ayant une entrée particulière sur la rue Garancière n° 15 [ sera numéroté par la suite n° 13], par une porte cochère. Ce dernier corps de bâtiment étant en face de la porte cochère et l’aile en retour d’équerre se prolongeant sur la rue Garancière, sont élevés d’un étage carré au –dessus du rez de chaussée surmonté d’un comble avec égout, et enfin de deux cours avec pompes et puits.

L’Hôtel de Tournon sera attribué à Madeleine Masseron, Vicomtesse d’Houdetot, demeurant 19 rue Hauteville à Paris.

Partie de l’immeuble sur la rue

de Tournon

Gauche

Droite

Entresol

Saint Aubin

Vve Jean –Baptiste Lesage ne Marie –Jeanne, Sophie Gravier et ses enfants mineurs.

1 er étage

Chaumont (de )

Gerbé

2 ème étage

Pajot

Chaumont (de )

3 ème étage

Lucas ( de Montigny)***

Crussy (de)

4 ètage

Chambres dépendant des appartements Gerbé et de Chaumont

Partie de l’immeuble cour,  fond droite 

1 er étage

Gondoin ***

2 ème étage

Lemesle

3 ème étage

à gauche : Allard ou Rolland à droite, Leroy

4 ème étage

Jean Baptiste Edouard Lesage

Cour

Appartement fond cour ½ enterré

Herwyn de Névèle ***

Appartement accédé par perron

Herwyn de Névèle

Partie de l’immeuble, cour fond gauche

2 ème étage

Descarte

3 ème étage

Parent Real ***

4 ème étage

Rives

Dates (entre parenthèses) justifiant à partir d’autres sources de la résidence au 12 rue de Tournon (1126  rue de Tournon selon la  notation de révolution )

Commentaires

BOUVIN (1817)

Lieutenant général de la 11 ème légion de la garde nationale, sous chef de bureau à la Chambre des Pairs

CAILLE Aimé( an XII)

Médecin de l’ancienne faculté de Paris, citoyen peut être auteur des Mémoires fur les fièvres rémittentes & intermittentes qui ont régné en 1781.

COTTU- MILLION  ( an X)

Citoyen porteur d’un projet un mémoire sur les garanties mutuelles entre contre les incendies présenté s débattu au Tribunat le 6 Floréal an X.

DELACROIX  ( 1810)

Juge à la cour d’appel de Paris.

DESGENETTES  René,Nicolas ,DUFRICHE ( 1804)

( 1762-1837) médecin en chef des armées française sous l'empire, s'est illustré principalement dans l'expédition d'Egypte. Professeur à l’Ecole de Médecine , non mentionné sur cet inventaire.

DEYEUX Nicolas  ( an IX)

( 1745- 1838)  Pharmacien en chef de Napoléon, ancien compagnon d’Egypte, organisation de la production de la betterave sucrière, professeur de chimie à la faculté de médecine ..Membre de la société libre des pharmaciens de Paris, membre de l’Institut national des Sciences et des Arts,. non mentionné sur cet inventaire. 

DUCIS Jean-François ( 1795)

( 1733-  1816) Ecrivain et poète. En 1778,  il remplace Voltaire à l’Académie. Il  décède à Versailles, non mentionné sur cet inventaire. 

DUFOUR Jacques Edméé Gabriel . (an IX)

Libraire au 1126 rue de Tournon , non mentionné sur cet inventaire.

FRANCK (Georges) ( 1772)

Agrégé d’Histoire, non mentionné dans cet inventaire.

GONDOIN Jacques ( an IX)

(1737-1818), élève de Blondel Artiste ; Membre de l’académie royale des beaux arts ; A construit l'École de médecine et une partie de la colonne de la Place Vendôme, terminée le XV août 1810 ;non mentionné sur cet inventaire.

HERWYN de NEVELE Pierre, Antoine ( an XII) 

( 1753- 1821) Comte, En l’an VIII député du département de la Lys.Pair de France nommé en 1814, contemporain de Frédéric d’Houdetot à la Chambre ( 1815 seconde restauration), époux  de mademoiselle Van der Meersch, de l'ancienne famille belge de Névèle, dont il se fit légalement autoriser à prendre le nom et les armes ;  habitait précédemment rue de Bellechasse n° 224.

****HOUDETOT , Sophie de la Live de Bellegarde comtesse d’Houdetot / ****MASSERON , Madeleine,  épouse du Baron , puis Vicomte Frédéric - Christophe d’Houdetot, devenu Comte d’Houdetot. 

****Madeleine / Magdeleine (de ) Masseron,  [ 1792 -1870)  vicomtesse, puis comtesse d’Houdetot,  n’a jamais habité le 12 rue de Tournon. Le bien du 12 rue de Tournon   a été acquis en 1820 par Madeleine Masseron à titre d’investissement. .Le domicile du Comte Frédéric d’Houdetot et de son épouse Madeleine a été le 10 rue de Londres dans le neuvième arrondissement où ils sont décédés tous deux.  ****En ce qui concerne Sophie d’Houdetot, il est plus que douteux que celle-ci ait même résidé rue de Tournon. Le fait que l’on ait  pu situer le décès de cette dernière au 12 rue de Tournon paraît très difficile à établir compte tenu des commentaires inverses qui ont été faits à ce sujet par ailleurs, notamment les travaux de Buffenoir . De son côté, Girault de Saint-Fargeau dans « Les Quarante-huit Quartiers de Paris » indique que Saint-Lambert est mort à Paris le 9 février 1803, chez Mme d'Houdetot,—à l'hôtel de Beauvau, rue du faubourg Saint-Honoré, 83, division des Champs-Elisées ( repris dans les écrits de Me Vingtain notaire,  Faubourg Saint  Honoré n° 87 en 1813). On pourrait établir le décès de Sophie d’Houdetot, intervenu le 28 janvier 1813, dans l’immeuble de la   rue de Tournon, à la condition de prouver qu’elle y ait été locataire de la famille LESAGE propriétaire de l’immeuble, cette dernière y logeant plusieurs de ses membres....Or rien ne peut établir une telle preuve.

LUCAS de MONTIGNY Jean – Marin -Nicolas (1820)

(1782-1852) Fils de Jean-Robert-Nicolas Lucas de Montigny, sculpteur. Il fut élevé dans l’entourage de Mirabeau qui était fort probablement son vrai père. Fonctionnaire à la Préfecture, deuxième division, 1er  Bureau, il   était chef de bureau de l’administration communale. En 1844, il est Conseiller à la Préfecture, décoré de la légion d’honneur et habite au 91 rue du Cherche Midi. Marié en 1809 avec Lise Rolland. Il est enterré au Père Lachaise. 

PARENT – REAL Nicolas, Joseph, Honoré, Marie (1799) 

(1768  Ardres [62], 1834 Paris), Député du Pas de Calais à l’Assemblée nationale (15/04/1799-26/12/1799 ; Avocat à la Cour de Cassation, non mentionné sur cet inventaire.

PAGANEL Camille, Pierre, Alexis    (1816)

( 1795 + 1859) Avocat à la Cour royale ; Député 1834-1846.Ouvrages : L. Annœi Flori Epitome rerum romanarum (1823) ; le tombeau de Marc Botzaris ( 1826) ; politique financière de l'Autriche. - Histoire de Joseph II, empereur d'Allemagne ( Revue des Deux-Mondes, 1831) ; Commandeur de la Légion  d’Honneur . non mentionné dans cet inventaire

PAJOT-DORVILLE (1810) 

Greffier en Chef de la Cour des Comptes, décédé en 1862. ;;non mentionné sur cet inventaire ,

PIA  Nicolas ( 1790)

Echevin de la ville de Paris, fondateur, directeur des établissements de secours à donner aux asphyxiés, non mentionné sur cet inventaire. 

ROYER –COLLARD Pierre – Paul ( 1799- 1815)

( 1763 + 1845). Après son mariage en 1799 avec Augustine de Forges-de-Chateaubrun, Royer-Collard vint demeurer à Paris, rue de Tournon, n° 12, où il resta jusqu'en 1815. Les bureaux de la direction générale de l'imprimerie et de la librairie furent établis au n° 4 de cette même rue..Non mentionné sur cet inventaire ,